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Le voyage commence à Milazzo,  charmante ville portuaire au nord-est de la Sicile.  Le plus compliqué pour mériter le Stromboli (comme c'est d'ailleurs souvent le cas lorsqu'on visite une petite île), c'est de faire coincider : hébergements, traversées maritimes, excursions et diverses autres petites choses qui paraissent anodines au départ, mais au bout du compte, cruciales lorqu'on est sur place.  Pour se rendre à Stromboli il y a trois solutions : la compagnie SIREMAR, avec 6 traversées par semaine à raison de 5h de traversée, la compagnie LIBERTY LINES avec jusqu' à 8 traversées par jour en été,  ou  enfin posséder une carte QNB Private World Elite MasterCard et demander au majordome qui vous est alloué 24/24 h  de vous réserver un yacht ou un hélicoptère privé. Abandonnant avec regret l'option 3 ( le monde est injuste ! ) nous penchons pour  la compagnie LIBERTY LINES . Il nous fallait donc  faire face à quatre impératifs : être loger près du port, car les départs se font très tôt le matin, garer la voiture de location pendant 2 jours , trouver un logement  à Stromboli qui soit à la fois sympa et proche du départ de l'excursion et enfin, réserver l'excursion pour l'ascension du volcan, tout cela évidement à moindre coût . Nous avons donc opté pour l'hôtel Chicca Palace, au coeur de Milazzo et à seulement 200 mètres du port. L'établissement offre un très bon rapport qualité/prix et un petit déjeuner copieux qu'il faut malheureusement avaler assez rapidement si on ne veut pas louper le bateau.

 

Pour la soirée, dîner au restaurant Doppiozero. Etre une adresse appréciée des  locaux est incontestablement le signe d'une bonne cuisine du terroir. Pour ma fille qui nous accompagne c'était une des meilleures pizza de Sicile. L'avis d'une ado en matière de pizza est sans appel. Sur demande, l'hôtel s'était chargé de nous réserver un parking fermé à proximité pour 15 euros environ. La voiture garée on peut retourner à pied à l'hôtel juste à côté. croquis au crayon de l'equipage du bateau liberty line, représentant 2 hommes regardant par un hublot

6 h du matin, nous voilà sur le quai, embarquement rapide et dans le calme, à bord cela ressemble plus à un avion qu'à un bateau. On comprend vite pourquoi : les navires de la flotte sont des hydroglisseurs, une bénédiction pour ma femme qui souffre du mal de mer. Pas de tangages lors de la navigation mais plutôt des légères secousses. Le bateau fait escale dans les îles de Vulcano, Lipari, Salina et Panaréa. C'est l'occasion de découvrir par la mer ces joyaux de la mer Tyrrhénienne. On se laisse vite envoûter par l' agitation frénétique autour des embarquements et débarquements où se croisent des  touristes rougeoyants comme des phares, des  hommes et femmes d'affaires, des locaux impatients de retrouver leur famille, des  dockers à l'accent chantant houspillant le personnel de bord. Une heure trente plus tard, la silhouette noire du Stromboli, auréolée d'un panache de fumée, se détache sur l'horizon, nous arrivons à destination.

Nous débarquons à Scari, le petit port de l'île. Le port se résume à un ponton pour les ferries, les autres bateaux, ceux des pêcheurs sont à sec sur l'immense plage de sable noire. Sur le quai c'est la valse des triporteurs multicolores qui récupèrent les touristes, pour être aussitôt avalés par les ruelles blanches qui montent vers le quartier de San Vincenzo. Regrettant l'aide de notre majordome en ligne, nous traînons nos valises à la recherche de notre chambre d'hôte.

Enfin, quelques centaines de mètres plus haut, nous posons nos équipages devant l'entrée de l'Apart'hôtel Case La Pergola. Pour une bonne surprise, c'est une bonne surprise : l'établissement à le charme fou d'une maison coloniale et offre une vue à couper le souffle sur la partie basse du village et la mer. Le confort est simple mais nous avons une immense terrasse avec une douche extérieure et une cuisine à disposition. A peine le temps de poser les valises et nous partons à la recherche de nos guides. On arrive ici par la mer pour aussitôt lui tourner le dos, celui qu'on courtise, qui nous fait rêver c'est "lui" c'est "Iddu", et ce soir à la nuit tombée nous avons rendez-vous avec la bête.

Photo d'une jeune fille allongé sur la terrasse du gîte Case la Pergola  à Stromboli. Vue dégagée sur le village et la mer.

Le quartier de San Vincenzo est un dédale de ruelles bordées de bâtisses aux murs enduits de chaux. C'est un avant goût des tropiques, un avant goût d'Eden à deux doigts de l'enfer. Les murs blancs sont des toiles où la nature s'amuse avec la couleur. Vert de Hooker des  bananiers, des figuiers qui s'élancent vers le ciel, défiant la roche noire terre de sienne où  valse la passiflore, l'hibiscus et les capriers. Les Panicauts bleus d'indanthrène s'amourachent des dunes de sable noir, et le parfum du Jasmin envahit l'air brûlant à la tombée du jour.

Nous trouvons nos guides à l'agence Magmatrek près de l'église Saint Vincent. Les locaux sont aménagés dans un ancien entrepôt où s'amoncellent des piolets, des casques, des masques, des sacs à dos,  toutes les armes  nécessaire pour affronter "lui". Séance d'essayage et nous voilà équipés, le rendez-vous est donné pour le soir à 17 heures.  "A tout à l'heure" nous lance Felipe dans un parfait français. La plage nous attend enfin, le sable noir est brûlant et  les eaux cristallines sont une bénédiction. Je nage sur le dos et lève les yeux vers "Iddu" qui me défie. Il nous faut  rassembler nos forces, la journée ne fait que commencer.

photo d'un mur blanchi à la chaux et Iddu au loin, photo d'un panneau de consigne en cas de Tsunami.

A la tombée du jour nous sommes assis sur les marches de l'église San Vincenzo, c'est le point de rendez-vous. Une centaine de personnes de tous âges et de toutes  nationalités attend patiemment les guides. Les mines radieuses des trekkeurs confirmés tranchent avec l'inquiétude qui se lit sur les visages des novices comme nous. C'est assez drôle  car chaque groupe porte un casque de couleur différente. Magmatrek sélectionne les groupes en fonction de la langue parlée et du niveau physique, nous avons des casques bleus et cherchons des yeux parmi la foule nos équipiers. On nous a prévenu, ce n'est pas une randonnée du dimanche, c'est déjà un mini trek . Par sécurité une grosse halte est prévue à mi-chemin, à la limite de la partie végétalisée du volcan, ce sera le point de non retour. Ceux qui veulent redescendre devront le faire à ce moment là, après il faudra aller jusqu'au bout.

Felipe arrive enfin un grand sourire aux lèvres et nous invite à le suivre : c'est parti pour 5 heures de souffrance vers l'inconnu. La première partie du trajet se fait à travers une végétation luxuriante, la chaleur est terrible et la pente est raide. Nous faisons quelques haltes durant lesquelles Felipe va nous parler avec passion de cette île surprenante, habitée depuis le néolithique.  Surplombant le détroit de Messine et la péninsule Italienne, Stromboli a servi de point d'observation sur les routes commerciales de la mer Tyrrhéniènne. Surnommé "le phare de la Méditerranée" l'île a prospéré malgré ce volcan considéré comme l'un des plus actifs au monde. Les  Strombolanis se souviennent de ce 30 décembre 2002 où une violente éruption projette des millions de m3  de débris volcaniques dans la mer, provoquant un tsunami. Des vagues atteignant jusqu'à 8 mètres de hauteur déferlent le long de la côte et détruisent la zone portuaire de Stromboli, blessant 6 personnes. Le 5 avril 2003, une violente explosion là aussi, projette des bombes volcaniques jusqu'à Ginostra, la deuxième localité de l'île, détruisant  une habitation et plusieurs infrastructures.

Selon le vulcanologue Jean-Marie Bartinzeff une éruption similaire à celle du Vesuve, qui détruisit Pompei en 79 ap J-C est tout à fait plausible. Aujourd'hui près d'un demi-million de personnes dans le monde vivent à proximité d'un volcan. Empêcher une éruption est impossible, seul la prévention, l'anticipation des phénomènes et l'efficacité des mesures d'évacuations peuvent sauver des vies. Les capteurs annonciateurs d'éruption installés dans les zones sensibles ont fait leurs preuves ces dernières années en donnant de bons résultats.

vue de dessus d'un bureau avec ecran mac et appareil photo ou sont étalés des photos de l'ascension du Stromboli

Nous continuons notre ascension et arrivons à la limite de la partie végétalisée, il est près de 19 heures et la chaleur est encore accablante. Nous effectuons une halte plus longue que les autres . Nous sommes au point de non retour, c'est la dernière chance offerte à ceux qui veulent rebrousser chemin vers le village.  Quelques participants abandonnent et préfèrent rentrer. Il faut dire que c'est un paysage martien qui se dessine un peu plus haut et les conditions d'ascension se durcissent. La végétation devient quasi inexistante et le sol qui vire du cramoisi au noir intense absorbe la chaleur qui décuple d'intensité.  Au bout d'une heure de progression, nous arrivons dans la dernière partie de notre périple.

 

Tout à coup, la colonne s'arrête net.  Le bruit sourd d'une explosion parvient à nos oreilles, "Iddu" nous souhaite la bienvenue. La météo n'est pas terrible au sommet, des nuages s'amoncellent, les guides communiquent entre eux pour décider de la suite du trek. Felipe nous propose de nous arrêter pour se restaurer. Nous ne sommes plus qu'à quinze minutes du bord du cratère, on va attendre une éclaircie pour continuer. La vue est extraordinaire et nous sommes au rendez-vous pour le coucher de soleil. Soudain c'est le choc. Une explosion titanesque secoue l'atmosphère, quelques centaines de mètres plus loin une colonne de gaz s'est élancée vers le ciel, projetant  des milliers de débris volcaniques rougeoyants. Pendant quelques secondes le soleil couchant se pare d'une myriade d'étincelles, puis celles-ci retombent au sol et roulent à travers la "Sciara del fuego" ( le chemin de feu comme on l'appelle ici) jusqu'à  la mer. C'est une sensation incroyable,  une onde de choc phénoménale qui vous pénètre jusqu'au plus profond de votre être. Autour de nous se dressent ici et là des abris en béton destinés à protéger les trekkeurs d'une  explosion majeure et cela ne va pas en nous rassurant. Il faut à présent s'équiper pour la dernière partie du trajet : masques, lunettes, lampes frontales et casques  sont maintenant de rigueur.

2 photos prises au sommet du Stromboli, montrant les éruptions sur fond de soleil couchant.

Le groupe s'anime, c'est parti, nous avons le feu vert pour approcher le cratère. Nous progressons à présent en file indienne rapprochée.  Nous évoluons à travers une brume épaisse, sulfurée, qui pique les yeux et irrite la gorge. On comprend alors mieux l'utilité de nos protections. On  distingue à peine celui ou celle qui nous précède,  c'est le néant le plus total , notre vie est entre les mains de Felipe. Devant, "Iddu" gronde de plus en plus fort, l'atmosphère est lourde, tendue, angoissante. C'est une étrange sensation qui nous anime, un mélange de terreur et de curiosité incontrôlable. L'adrénaline nous envahit, annihile la peur, on veut le voir, défier ce monstre qui garde le détroit de Messine.

 

Enfin nous parvenons aux abords du cratère, la météo est épouvantable, on ne distingue rien. Felipe se dresse en face de nous et nous  demande de nous aligner, nous nous exécutons à tâtons avec l'impression d'être des aveugles au milieu d'un boulevard. Il nous explique que nous sommes à cinq mètres du gouffre, il n'y a pas de barrières de protection. Pour être honnête, il nous est impossible d'imaginer "Iddu",  tant nous sommes prisonniers de  cette brume épaisse et sulfurée qui efface les alentours et les distances.  Les conditions sont dantesques. Il règne maintenant un froid glacial tandis que l'air est moite et irrespirable. Un vent violent venu du sol nous déstabilise, une seule chose me traverse l'esprit à ce moment-là : comment allons-nous retrouver notre  chemin pour rentrer, au milieu de ce "no man's land". Et puis, soudain,  c'est l'enfer,  "Iddu" se met à hurler et nous envoie une nouvelle onde de choc plus terrible que les précédentes. Nous vacillons, comme s'il voulait nous obliger à plier genoux et porter allégeance à sa grandeur. Nous réalisons que nous ne sommes rien, rien de plus que les mêmes poussières d'étoiles crachées par ce monstre.

2 Photos montrant les excursionnistes au somment du Stromboli portant masques, casques, et lunettes de protection.

Comme pour mieux nous démontrer sa puissance une brusque éclaircie se dessine. Par magie les vents violents écartent la brume, qui s'envole comme des cheveux d'anges et  laisse apparaître l'antre de la bête. Sous nos pieds, le gouffre et ses geysers de lave en fusion offrent un spectacle hallucinant. Ici, ce soir, l'enfer nous donne une représentation, comme il le fait sans relâche depuis 2400 ans.

Mais il  est temps de rentrer, il est déjà 22 heures et la descente sera longue. Nous passons la crête et le calme revient avec la visibilité. S'entame alors près de 2 heures de descente à travers la chaleur, la poussière et le sable. La vie nous donne un sursis, nous revenons parmi les vivants.

2 photos montrant le groupe en phase de redescente du Stromboli de nuit au milieu du brouillard.

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croquis au crayon de l'equipage du bateau liberty line, représentant 2 hommes regardant par un hublot

Photo d'une jeune fille allongé sur la terrasse du gîte Case la Pergola  à Stromboli. Vue dégagée sur le village et la mer.
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